Expériences

APPORTEZ VOTRE PIERRE À L’ÉDIFICE…


samedi 5 juin

L’équipe de la Fondation était heureuse d’accueillir en ses murs Nicolas A., notre premier participant à l’expérience « Apportez votre pierre à l’édifice », encadrée par Pascal Thomas, le chef de chantier de l’abbaye.

Nicolas, visiteur occasionnel et amateur de vieilles pierres était présent pour partager une journée inédite d’initiation à la maçonnerie traditionnelle aux cotés de Pascal, maître maçon au service de la Fondation Abbaye de la Lucerne d’Outremer, restaurateur de l’abbaye depuis trente-trois ans.

De son propre aveu, Nicolas n’a aucune connaissance en maçonnerie mais possède une très forte « volonté de participer un peu à la restauration de ce site magnifique et apprendre quelques rudiments de maçonnerie ». 

Après l’annonce du programme de la journée, un petit tour de l’abbaye permet à Pascal de présenter les différentes pierres de construction : poudingue pourpré de la vallée du Thar pour le moellon, granit doré du Haut Pignon pour la pierre de taille du XII au XVème siècle et enfin granit bleu de Carolles pour les restaurations des XVIIème et XVIIIème siècles. 

Nicolas apprend par la même occasion à dater un mur d’un simple coup d’œil, par l’observation de l’appareillage c’est-à-dire la façon dont les pierres ont été taillées et assemblées et l’utilisation d’autres matériaux de maçonnerie dans la construction : « XIIème pour un mur formé de pierres en grand appareil irrégulier posé sur un lit de mortier avec insertion de petites pierres composites type schiste entre les pierres taillées, sans soucis de régularité et de belle apparence ; tandis que le mur XVème se distingue par un alignement de moellons en moyen appareil séparés par un mortier formant des joints débordants avec recherche de régularité et d’esthétique  pour un résultat plus harmonieux », lui enseigne Pascal, intarissable sur le sujet.

Au cours de la visite, il indique à Nicolas les 2000 mètres cubes de pierres de démolition situées dans l’ancienne salle du chapitre qui attendent d’être réemployées pour achever la reconstitution de l’ensemble.

30% de l’abbaye doit effectivement encore être restitué afin de retrouver l’intégralité de ses bâtiments : les galeries du cloître du XVIIIème siècle ainsi que la quasi-totalité du bâtiment conventuel est, détruit en 1836 à la poudre noire par Victor Bunel pour revendre la pierre.

Après la visite, place aux travaux pratiques : Nicolas, devenu aide-maçon pour la journée, prépare le mortier, conformément aux instructions du chef maçon, en respectant scrupuleusement la mesure et composition utilisées par l’Abbé Lelégard lui-même et transmis à Pascal trente-trois ans auparavant: un seau de chaux pour trois seaux de sable. Ce mélange humide a la propriété de durcir et d’adhérer fortement aux matériaux de construction. Il sera appliqué sur les pierres de parement du mur d’enceinte ouest en cours de restauration  afin de lier les matériaux entre eux. Deux des pierres d’appareil sont taillées par Nicolas qui utilise trois burins différents : le poinçon pour décalotter les bosses, le burin plat servant à aplanir la face et enfin la chasse afin d’équarrir les angles.

L’après-midi est consacrée à la pose de mortier en utilisant  les outils traditionnels : truelles et langue de chat pour étaler le liant préparé le matin par Nicolas. Un cordeau, cordelette souple en coton tendue horizontalement sur des piquets fichés dans les pierres supérieures du mur, permet de vérifier l’arasement (alignement) avant de poser les pierres d’appareil.

Pascal donne ensuite des indications pour la pose des moellons, petites pierres partiellement dégrossies dont les arêtes sont dressées mais avec les faces brutes et qui doivent être  disposées selon une trame de pose à joints horizontaux et verticaux afin de réduire le risque de coups de sabre (grandes fissures entre moellons pouvant provoquer une dissociation des éléments du mur).

Pour Pascal, « il faut bien comprendre la pierre, trouver son sens, l’observer, la retourner mais surtout la sentir et la respecter » afin de bien positionner le moellon. Pour la restauration du mur ouest de l’enceinte datant du XVème siècle, Il a dû  démonter l’ensemble, pierre par pierre. Conformément aux prescriptions de l’architecte des Monuments historiques, les trois quarts de ces pierres doivent être réemployées pour la reconstitution du mur.

Le maitre maçon choisit les plus belles pierres dans le tas situé à côté de lui sur l’échafaudage et leur dresse la tête à coup de massette avant de les positionner parallèlement au cordeau directeur sur un lit de mortier de deux à trois centimètres d’épaisseur.

Une fois la pierre posée, un coup de burin, appelé têtu, permet de bien ancrer le moellon et de faire refluer le mortier. Les angles doivent être bien recouverts par le liant pour éviter le glissement de la pierre.

Sous le regard encourageant de Pascal, Nicolas accole méticuleusement un moellon au précédant en commençant par plaquer du mortier sur les faces latérales. Des petits éclats de pierres sont ensuite insérés comme cales entre les appareils de moellons et enduits de mortier afin de constituer la « blocaille » ou « fichage ». Ces éclats sont enfoncés à coups de marteau afin que le mortier reflue bien de toutes parts pour ne laisser aucun vide.

Le travail de maçonnerie traditionnel est conséquent : Pascal, qui travaille seul depuis 2010, a débuté la restauration du mur fin 2018 : 24  mètres de longueur,  5,20m de hauteur coté route et 3,60 m de hauteur côté intérieur, pour une épaisseur de 63 cm représentent la totalité du chantier à exécuter. Le chef maçon alterne entre chantier et travaux d’entretien prioritaires de l’abbaye. Deux périodes de chômage partiel liées à la crise sanitaire en 2020 et 2021 ont retardé l’avancée du chantier dont la fin est prévue pour avril 2022.

En quelques heures, Nicolas aura ainsi pu appréhender les différentes étapes liées au travail de maçonnerie en taillant puis posant plusieurs pierres de parement sur le lit de mortier et utiliser les mêmes outils qu’au Moyen Age.

Mais le travail n’est pas terminé. Une fois la pose des moellons effectuée et le mortier appliqué, il faut maintenant nettoyer tout le matériel utilisé au cours de la journée. Pascal conduit donc Nicolas dans son atelier pour une petite vaisselle. 

Pour conclure cette journée d’initiation, Pascal présente à Nicolas le fenestrage du XVème siècle trilobé qui ornait la partie supérieure de la façade de l’église, reconstitué par Pascal en 2004 avec l’aide de l’entreprise de taille de pierre Bodin.

Le bilan de cette journée est extrêmement positif d’une part pour Pascal, heureux d’avoir pu transmettre son savoir-faire et ses nombreuses connaissances sur l’histoire et l’architecture de l’abbaye et pour Nicolas, d’autre part, qui, après cette journée « très riche en contenu », peut envisager la restauration de la maison ancienne qu’il vient d’acquérir. « Excellent professeur et très pédagogue », toujours selon Nicolas, le chef de chantier a su, avec la passion qui l’habite, « me transmettre les bases de son métier, ce qui me permettra à l’avenir de pouvoir me lancer dans des travaux grâce à ses nombreux et précieux conseils ».

Toute l’équipe de la Fondation tient à remercier chaleureusement Nicolas d’avoir participé à cette première expérience d’initiation à la maçonnerie traditionnelle qui se déroule tous les premiers samedis du mois.

  • Sur réservation au 02 33 60 58 98 ou lucerne@abbaye-lucerne.fr
  • De 9h00 à 17h00 avec pause repas du midi entre 12h30 et 13h30.
  • Apportez vos chaussures de sécurité, gants & votre pique-nique.
  • Prochains rendez-vous les samedis 7 août, 4 septembre et 02 octobre 2021.
  • Nombre de places limité à 5.